
Lettre ouverte à mon copain, André
Cher ami,
Je suis désolé d’apprendre que tu es victime de moqueries et que tes professeurs ne te comprennent pas. Je suis également un adolescent autiste, j’ai donc une idée de ce que tu peux ressentir. Moi, j’ai beaucoup travaillé avec ma famille et ma psy sur mes émotions et celles des autres. C’est un autre univers.
Mais, je veux te dire que tu n’es pas seul. Il y a beaucoup de jeunes comme nous qui ont des difficultés à s’adapter au monde qui les entoure. Pour ma part, je ressens souvent une grande anxiété en présence de nouvelles personnes ou de situations inconnues. C’est pourquoi je préfère souvent me concentrer sur mes intérêts spécifiques, qui me procurent un sentiment de réconfort et de sécurité.
Malheureusement, je sais que cela peut souvent susciter des moqueries de la part de mes camarades. S’intéresser à Winnie l’ourson à 15 ans, ça le fait pas. Je suis souvent étiqueté comme bizarre ou différent. Je le suis, et alors ? Je veux que tu saches que ta différence est quelque chose de spécial et de beau, même si cela ne peut pas être compris par tout le monde : ça je l’ai compris peu à peu, grâce au travail que j’ai fait pour mieux me comprendre aussi.
Quant à tes professeurs, je sais à quel point il peut être difficile de communiquer avec eux. Pour ma part, j’ai souvent du mal à exprimer mes émotions et mes besoins de manière claire et directe. Et puis, ils sont toujours pressés, stressés et me répètent à tout bout de champ que je dois être autonome, à mon grand âge. Mais toi, tu connais des ados autonomes à 15 ans ? Ils mentent. Je dois dire que j’apprécie lorsqu’ils utilisent les supports visuels ou les scénarios pour m’aider à comprendre les différentes émotions et situations. Là vraiment, je me sens compris.
Je tiens à te rappeler que tu mérites d’être respecté et aimé pour qui tu es. Les difficultés que nous rencontrons ne nous définissent pas. Nous avons tous nos forces et nos faiblesses, et c’est cela qui fait de nous des êtres humains uniques et précieux.
Je te souhaite tout le courage et la force dont tu as besoin pour faire face à tes défis. N’oublie pas que tu es capable de réaliser de grandes choses et que tu mérites d’être heureux.
Jacques
PS: Merci Jacques de m’avoir permis de publier ta lettre. Merci André d’avoir autorisé ce témoignage.
Je précise que les noms et les images sont d’emprunts.
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Le coaching par les pairs : une piste à explorer
La littérature scientifique met en exergue le coaching par les pairs comme un des facteurs de la réussite de la scolarisation des élèves autistes (et d’autres).
J’en ai fait l’expérience depuis plusieurs années dans l’école où je travaille et toujours avec des supers résultats : meilleure compréhension mutuelle, développement de l’empathie et du sens de la différence dans la vision plus large de la neurodiversité.
Le coaching par les pairs pour les élèves autistes peut prendre différentes formes. Par exemple, les binômes-coachs peuvent aider les élèves autistes à naviguer dans les interactions sociales en leur fournissant des stratégies pour initier et maintenir des conversations, interpréter les expressions faciales et le langage corporel, et résoudre les conflits.
Les pairs-coachs peuvent également aider les élèves autistes à s’organiser et à gérer leur temps, à comprendre les attentes des enseignants, à s’adapter aux changements dans leur emploi du temps et à gérer les transitions entre les activités.
Mais attention être coach d’un élève autiste, ça se prépare 🙂 !
L’approche clé pour le coaching par les pairs est donc de s’assurer que les pairs-coachs sont bien formés et préparés à travailler avec leur camarade. Cela peut impliquer une formation pour les binômes-coachs sur les caractéristiques de l’autisme, les stratégies de communication efficaces et les techniques de coaching.
Il est également important que les binômes-coachs soient conscients de leurs propres préjugés et de leurs limites en matière de compétences. Les pairs-coachs doivent être capables de reconnaître quand il est approprié de demander l’aide d’un enseignant pour soutenir leur camarade.
Enfin, pour que le coaching par les pairs soit efficace, il est important que les enseignants et les professionnels de l’éducation soient intégrés dans le processus. Les enseignants peuvent, par exemple, aider à identifier les élèves qui bénéficieraient d’un coaching par les pairs et fournir des orientations et des commentaires aux pairs-coachs pour améliorer leur travail.
Je propose régulièrement par le biais de Education Inclusive un atelier ZOOM ou en présentiel sur une des approches préconisées pour la formation des élèves-coaches, vidéos et documents à l’appui sur la base de mon expérience sur le terrain. Pour connaître les prochaines dates n’hésitez pas à consulter le site ou à vous abonner à nos réseaux sociaux. Nous y diffusons notre actualité 🙂
PS :
Voici quelques articles pour les curieux 🙂 et pour aller plus loin :
- Carter, EW, Asmus, JM, Moss, CK, Biggs, EE, Bolt, DM, Born, TL, … & Weir, K. (2014). Stratégies de soutien par les pairs pour améliorer la vie sociale et l’apprentissage de tous les élèves. Recherche et pratique pour les personnes gravement handicapées, 39(1), 3-16.
- Finnegan, EG, Garwood, JD et Edelstein, H. (2016). Interventions médiées par les pairs pour accroître les compétences d’interaction sociale des enfants atteints de troubles du spectre autistique : considérations pour la pratique en milieu scolaire.
- Lai, MC et Kasari, C. (2013). Une étude longitudinale de la relation entre le développement du langage et le développement social chez les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Journal de l’autisme et des troubles du développement, 43(2), 276-288.
- Trembath, D., Balandin, S., & Togher, L. (2010). Enseignement par les pairs et communication améliorée et alternative pour les enfants d’âge préscolaire atteints d’autisme. Journal de l’intellectuel et du développement
- Kasari, C., Rotheram-Fuller, E., Locke, J. et Gulsrud, A. (2012). Faire le lien : Essai contrôlé randomisé sur les habiletés sociales à l’école pour les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 53(4), 431-439.
- Liu, KP, Wong, WW et Chen, LY (2013). Effets des interventions médiées par les pairs sur les interactions sociales et les compétences de jeu des enfants atteints de troubles du spectre autistique : une revue systématique.
- Santangelo, SL, & Cardon, TA (2020). Une méta-analyse des interventions médiées par les pairs pour les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Recherche sur l’autisme, 13(2), 165-179.
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S1, E5 – Chronique d’un petit quotidien en classe : Pierre
6 ans, quel bel âge ! Mais Pierre veut en avoir 10. Pourquoi ?
Comme je ne comprenais pas vraiment, je lui ai tout simplement posé la question et la réponse va peut-être vous surprendre…
Il m’a dit (comme si c’était une évidence): “A 10 ans, on peut embrasser les filles” .
Effectivement, vu sous cet angle…
Pierre a un intérêt spécifique pour les filles et il ne fait pas trop de distinguo entre celles plus jeunes, dans sa classe ou les plus âgées qu’il va rejoindre pendant les récréations. Il a toutefois une préférence pour les blondes.
Alors, ce serait presque anodin, voir chou, à 6 ans, si cet intérêt ne se traduisait pas par une sorte de présence intensive et intrusive auprès des filles pendant leurs moments de jeux et discussions informels …
J’imagine que vous imaginez à quoi cela peut ressembler…
Mais alors quoi faire ?
C’est une excellente occasion de faire des apprentissages sur le plan des habiletés sociales 🙂 . Mais avant cela, posons-nous quelques questions:
- Où a-t-il bien pu voir que les garçons embrassaient des filles sur la bouche ?
- Connaît-il vraiment la différence entre adultes et enfants ?
- Pierre sait-il ce qu’un adulte peut faire et ce qu’un enfant ne peut pas faire ? Ou vice-versa ?
- Et quelle connotation donne-t-il, lui, à l’acte d’embrasser ?
En me posant ce genre de questions, j’ai eu quelques éléments de réponse… Pierre adore regarder des séries TV, registre sentimental. Il y a de quoi s’inspirer !
Est-ce que cela veut dire que la famille est condamnée à ne plus regarder la TV en présence de leur petit Pierre ? Avouez que ce serait plutôt contraignant…
Et c’est là qu’apparaît la figure du “traducteur social”. J’adore parler du « traducteur social”.
Alors qui est-il ? Que fait-il ?
C’est simple: le traducteur du social, ça peut être vous et moi à n’importe quel moment…
Lorsque Pierre se rapproche du groupe des filles de façon insistante et profite d’un moment d’inadvertance pour essayer d’embrasser la plus belle, à ses yeux, du groupe, comment allez-vous réagir ?
Façon plutôt classique: NON, tu n’as pas le droit d’embrasser Pauline. Cela ne se fait pas, etc. [en général suivent des principes de rappels comportementaux…]
Dans ce que vous venez de faire, tout est absolument juste ! Mais peut-être pas encore assez autism & group friendly
Façon “social translator” : Pierre, tu as embrassé Pauline sans son autorisation. Regarde sa réaction: elle est comment, heureuse ou fâchée ? Et comment tu vois qu’elle est fâchée ? Pourquoi est-elle fâchée ? Et comment pourrais-tu faire autrement ? Etc.
Le “traducteur du social” apprend à Pierre à reconnaître les sentiments, les émotions, les réactions des autres et aussi les manières de faire différemment pour se mettre en relation. Mais le “traducteur du social” apprend aussi aux filles et à Pauline plus en particulier, dans cette situation précise, les intentions de Pierre, sa manière à lui de se mettre en lien, certes de façon un peu maladroite, mais avec le désir de bien faire…
J’aime bien le rôle du “traducteur du social”.
C’est à la portée de tous d’être un traducteur du social, à condition de savoir quoi dire, comment le dire et à quel moment …
Et tout cela s’apprend.
A la fin de la récréation, Pierre avait bien compris pourquoi Pauline était contrariée. De son côté, il était triste. Que d’émotions !
Mais il a vite enchaîné avec une autre question: “Mais, mais dis, pourquoi je ne peux pas renverser les tables comme dans les films ? ”
Bon… voyons, voyons…comment répondrait le “social translator” ? Une idée ?
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Le langage oral: ces mots qui disparaissent
Un de mes élèves m’a dit un jour, à peu de choses près: “lorsque tu me parles, les mots disparaissent vite dans ma tête” .
Cette remarque m’a permis, dès le début de mes interventions, de développer le réflexe, souvent contre-intuitif pour les enseignant.e.s que nous sommes, de mettre le maximum d’informations par écrit et si l’élève n’est pas encore un lecteur de passer par des images.
Cette stratégie s’est d’ailleurs avérée efficace pour l’ensemble des élèves de la classe. J’en veux pour preuve toute récente celle d’un élève japonais arrivé dans notre établissement et ne parlant pas un mot de français, ni d’anglais. Il a été ravi d’avoir trouvé des pictogrammes en classe grâce auxquels il a pu communiquer ses besoins et ses désirs.
Dans son ouvrage, la Neurodiversité, Mélanie Ouimet dit: “le langage est un concept abstrait. En communication verbale, les mots sont éphémères: on ne voit pas les mots et ils disparaissent aussitôt prononcés. Les autistes sont des personnes de perception. Ils voient ce qu’ils voient: le concret. La communication écrite est souvent plus facile, car elle est concrète et plus claire. Bien des autistes comprendront que les sons sont des mots lorsqu’ils auront accès à du matériel imprimé. Certains autistes apprendront même à lire et écrire avant de parler si on leur donne accès au code écrit. Pour ces raisons, l’acquisition du langage ainsi que des codes sociaux est un processus d’apprentissage long, complexe et ardu pour les personnes autistes. “
Je pense que cela résume tout.
J’encourage donc vivement mes collègues enseignant.e.s à transmettre les informations sous forme visuelle 🙂 !
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Comment accompagner un.e élève autiste en classe ?
La question de l’accompagnement est importante. Parfois, on imagine qu’un.e élève doit être accompagné.e à 100%, puis à 50%, puis plus rien ; parfois on donne 2 périodes par semaine, ou 6 ou au 12, grand maximum.
Et on ne comprend pas très bien quels sont les critères pour attribuer le nombre de périodes de soutien. On parle souvent de moyens, plus précisément de manque de moyens, de disponibilités, de géographie, etc. Il est clair que l’école inclusive se construit sur la base d’une macro-réflexion.
Mais je pense qu’aucune macro-réflexion sera très efficace sans une connaissance des besoins du terrain. Faisons un focus sur l’autisme, puisque souvent on entend dire que ce sont ces élèves qui sont les plus difficiles à suivre.
J’ai toujours été très perplexe face à ce genre d’observations, mais bon… essayons de comprendre.
Accompagner un élève autiste (et bien d’autres) en classe suppose déjà qu’on n’imagine pas l’accompagnement comme un continuum allant d’un fort pourcentage vers un moins grand pourcentage avec l’idée sous-jacente que si l’élève a encore besoin d’un fort pourcentage d’accompagnement, alors il n’est pas apte à rester en milieu ordinaire. Non, c’est une vision administrative de l’accompagnement, mais pas basée sur les besoins de l’élève et des équipes.
Les élèves autistes ont comme principal défi, lorsqu’il découvre l’environnement scolaire, de faire des liens avec cet environnement souvent nouveau pour eux. Des liens avec les espaces, le temps qui s’écoule, les personnes (adultes et camarades), etc. Il s’agit aussi de s’acclimater à un rythme, à un environnement sonore et langagier…Bref, tout ce qui compose le social. Il y a de quoi être absorbé par tout ça… Et là l’aide est souvent précieuse.
Mais, souvent aussi et beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine, cette même aide peut devenir une entrave si elle est maintenue sans modulations. Un élève autiste peut avoir besoin de beaucoup d’aide dans certaines situations et moins ou plus du tout dans d’autres.
C’est pourquoi l’accompagnement d’un élève autiste relève d’un art… car il s’agit de composer avec la réalité de l’élève concerné. Il y a certes des principes de l’accompagnement que nous présentons d’ailleurs dans nos formations, mais il y aussi la réalité de l’élève dans le contexte Lambda.
Mais je pense que le plus important est de retenir ce principe : la pensée associative propre à sa manière d’être peut entraîner l’élève, malgré lui, dans une manière d’apprendre impropre. Si l’élève apprend à apprendre avec une aide, il lui sera difficile de se défaire de cette même aide. Mais en même temps, il a besoin de cette aide, surtout lorsque le contexte social est nouveau. Alors comment faire ?
Précisément, en ayant conscience du fonctionnement autistique et en se posant constamment la question : comment, dans chaque situation pédagogique ou informelle, je peux rendre cet élève le plus autonome possible en tenant compte du groupe-classe, de ses forces et de ses besoins ?
Dès qu’on aborde les choses sous cet angle, on comprend que cela nécessite des compétences précises de la part de l’accompagnant.e :
- Connaître le fonctionnement autistique (c’est la base !)
- Comprendre les enjeux d’une vision inclusive de l’école
- Connaître les principes de la collaboration entre professionnels (coopération) mais aussi entre parents et professionnels (partenariat)
- Avoir des notions pédagogiques pour suivre ce qui se passe en classe
- Connaître les outils spécifiques pour le développement de l’autonomie de l’élève
- Connaître le comment et le quand de l’apprentissage du social (ne pas imposer, ni pas partir des principes des non-autistes… donc connaître les besoins de l’élève concerné…)
- Savoir remplir le document de « suivi de l’élève » en collaboration avec les autres acteurs du terrain
- Etc
En fait, la figure de l’accompagnant.e. (aide à l’intégration) est essentielle à la réussite de la scolarité de l’élève concerné. Il est donc important d’assurer une formation spécifique pour cette catégorie professionnelle.
Lorsqu’on réussit à mettre en place tout ce qu’il faut, alors nos élèves autistes sont parfaitement à l’aise sur les bancs de l’école qui a pour but non seulement de transmettre des contenus scolaires, mais aussi et peut-être avant tout un savoir être ensemble avec chacun nos différences.
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